Survolez ce flyer avec votre souris pour en découvrir la structure.
Cliquez pour en savoir plus, ou allez au sommaire.
Vous voyez ci-dessus un exemple typique de flyer africain distribué à Paris. On retrouve la même structure dans tous les flyers de marabouts, avec bien sûr quelques aménagements et variantes.
Les
flyers de marabouts sont des petits bouts de papiers qui vantent les
mérites de mages venus d'Afrique. Selon les villes, on trouve
ces flyers directement dans sa boîte-aux-lettres (Lyon), ou au
coin de la rue, distribués à la main aux stations de métro
(Paris). Au premier regard, tous les flyers se ressemblent. On dirait, en les voyant, qu'aucun marabout ne cherche à faire d'effort pour distinguer sa communication publicitaire de celle de ses concurrents : toujours la même structure, toujours les mêmes phrases, la même mise-en-page, le même format...
Et pourtant, il n'y en a pas deux pareils, pour qui sait les observer !
C'est grâce à un minutieux travail d'étude
et de documentation portant sur des centaines de véritables flyers
de marabouts collectés durant de
longues années que vous pouvez aujourd'hui utiliser le Personal Marabouts Generator (PMG, ou Générateur
de Marabouts Personnalisés). Ce logiciel exclusif permet
à n'importe qui d'obtenir en un clin d'oeil un flyer de marabout
personnalisé mais néanmoins parfaitement crédible.
Ces flyers ont été analysés afin d'en extraire la
substantifique moëlle. C'est grâce à cette étude
que le PMG produit aujourd'hui des simulations si réalistes. A
dire vrai, même les authentiques marabouts peuvent aujourd'hui
utiliser le PMG pour générer leurs propres flyers !
Cette collecte de flyers concerne aujourd'hui principalement la région
de Lyon et, dans une moindre importance, celle de Paris.
Tout internaute peut participer à la recherche en magopinaciophilie,
en participant au sondage.
Le flyer de marabout est petit : généralement
une feuille A4 coupée en 8 morceaux. On en rencontre néanmoins
de plus grands. Le papier est en général un papier offset / copieur standard
(dans les 80-90 g/m2).
Le flyer de marabout est très structuré : une accroche,
les noms et qualités de l'officiant, une base-line, le corps de
texte, une conclusion, et enfin toutes les coordonnées et autres
infos pratiques.
Le flyer est imprimé en une seule couleur, généralement
le noir, et le papier est le plus souvent blanc, mais on trouve également
des papiers et des encres de couleur, voire des papiers type "recyclé" à texture apparente.
Le flyer est généralement d'un graphisme sobre, voire
austère, faisant la part belle au contenu rédactionnel.
Les Marabouts ne sont pas des rigolos.
Le flyer est fréquemment agrémenté de symboles
ésotériques (pas si ésotériques que ça
tout de même, car provenant presque toujours de polices de symboles
très communes en bureautique) ou, plus rarement, par la photo
d'identité du mage (très rare en province).
Le nom du marabout est TOUJOURS écrit en lettres capitales :
un marabout est un personnage important !
Sur
le plan rédactionnel, on remarque vite certaines tournures récurrentes,
qui ont sans doute fait leurs preuves auprès du public, et que
chaque marabout adapte plus ou moins selon son style propre. Ainsi,
la fameuse phrase : "Si ton mari ou
ta femme t'a quitté(e), tu viens ici, et il ou elle courra derrière
toi comme un chien derrière son maître." On dirait que les marabouts hésitent à s'éloigner des phrases consacrées, de peur de leur faire perdre le pouvoir d'attirance quasi magique qu'elles exercent sur la clientèle potentielle.
Le trait le plus remarquable concerne le plan syntaxique.
D'abord, le marabout parle de lui indifféremment, d'une phrase
sur l'autre, à la première ou à la troisième
personne, comme une sorte d'Alain Delon indécis, ou un Ed Wood
de la grammaire. De même, il s'adresse à son client en lui
disant tantôt "tu", tantôt "vous" (parfois dans une même phrase).
Ensuite, le Marabout met sur un même plan d'énumération
les problèmes qu'il résoud et les bénéfices
qu'il promet, comme le fréquent "protection contre les dangers, mariage et
mal de dos".
Et c'est cette absence d'articulation logique du texte qui rend si facile d'en simuler le résultat avec un générateur. En somme, la candeur et la redondance des propos des marabouts les rendent sympathiques
et amusants.
Lorsque vous évoquez votre collection de cartes de marabouts devant vos amis, la première réflexion qui leur vient généralement est : "ah oui, les pubs de ces charlatans, en plus, c'est complètement bourré de fautes d'orthographe". Comme si les fautes d'orthographe constituaient la principale caractéristique de ces flyers !
Certes, on y trouve des fautes d'orthographe.
Par exemple, "hazard, espris, partnaire, copin, croir"... Ca peut arriver à tout le monde.
Ensuite, il y a les fautes de frappe : "engfants, breuf, aussie"... Pardonnables.
Enfin, il y a les mots devenus quasiment méconnaissables, comme "intestable, infaible, desevdant, fondataire" (incontestable, infaillible, descendant, fondateur)... Rarissime.
En réalité, c'est là un mauvais procès qu'on fait aux marabouts : les phrases qu'ils utilisent dans leurs publicités sont tellement éprouvées,
recopiées, plagiées, éculées, que presque
toutes les fautes en ont été éliminées !
Il ne faut pas perdre de vue non plus que les flyers des marabouts sortent des ateliers d'imprimeurs professionnels. Ces derniers, même s'ils n'accordent sans doute pas un soin excessif à la réalisation de ces supports bas-de-gamme, ont tout de même un réflexe conditionné (et des logiciels) de correction orthographique.
En vérité, je vous le dis, il y a certainement bien moins de fautes dans une carte de marabout que sur le site personnel de l'internaute français moyen. Et ne parlons pas des écrits échangés par voie de forums ou, pire, de chat ou SMS, qui s'apparentent bien souvent à une phonétique incompréhensible, en regard de laquelle les boniments des marabouts font figure de littérature raffinée.
Les internautes utilisant le PMG
(générateur de flyers de marabouts) se plaignent
parfois de ce que les phrases générées
ne contiennent pas assez
de fautes pour être réalistes. Or, les phrases
qui alimentent le PMG sont issues, telles quelles, d'authentiques
flyers de vrais marabouts. Rien n'y a été corrigé !
Cela montre bien à quel point la qualité orthographique
des flyers est sous-estimée arbitrairement et injustement
par l'ensemble de la population.
L'argumentaire est fondé sur une rhétorique basique,
mais sans doute efficace. "Rapidité,
efficacité, satisfaction" sont les maîtres-mots.
Le marabout certifie l'authenticité de ses pouvoirs surnaturels par des
références à son hérédité,
sa provenance culturelle et géographique (l'Afrique),
sa célébrité mondiale (contredite par un
mode de promotion aussi cheap). Son honnêteté est
garantie par le "paiement après résultats",
"après satisfaction".
La réussite, les résultats, sont toujours "garantis
à 100%", et dans un délai qui va de zéro
à quelques jours tout au plus.
Même ceux qui se réclament "spécialistes"
invoquent des compétences dans de très nombreux et vastes
domaines : le couple et les affaires, bien sûr, mais aussi
l'impuissance, le permis de conduire et autres examens, les dangers non
déterminés, les mauvais sorts en tous genres, les problèmes
de poids, le mal de dos, les maladies (même "inconnues" !), la chance aux jeux, la reconnaissance
sociale, etc. Des disciplines comme "musique" ou "foot" sont aussi parfois mentionnées, ce qui ne manque pas d'étonner...
6.
Le nom du marabout
Le nom du marabout constitue l'élément principal
de la publicité. Il est écrit en gros, en gras,
voire en négatif, et toujours en capitales. C'est presque
toujours un nom exotique et pittoresque qui nous évoque
l'Afrique et ses sorciers, mais parfois aussi un nom banalement
français - ou plutôt, dans ce cas, un prénom.
En général, le nom de marabout suscite une irrésistible envie de faire un jeu de mots. Est-ce que les tarifs de Monsieur BOUYA baissent ? Monsieur CHERIF me permettra-t-il de trouver enfin ma bonne étoile ? Faut-il vraiment porter des bas pour aller consulter chez Monsieur FODEBA ? L'opposition Magie Blanche / Magie Noire, n'est-ce pas un FODEBA ? Maître BALOU ne serait-il pas un peu ours ? Quand on l'appelle au téléphone, est-ce que le Professeur DIALLO ? Monsieur KOLABOUI n'aurait-il pas un lointain cousin du nom de KOLABOUA ? ADAMA, est-ce que c'est la soeur cachée d'Adamo ?
Un même marabout (même photo, mêmes coordonnées...) peut se présenter sous des noms tout-à-fait variables, ce qui laisse deviner que le nom est souvent plus un pseudonyme qu'un véritable patronyme. (voir le cas de M. LAYE)
Sauf cas très rares, le nom du marabout est toujours précédé d'un titre : Professeur, Monsieur... le marabout est quelqu'un de respectable, qui prétend parfois être à la tête d'un véritable "cabinet".
Nouvelles technologies obligent, on notera le cas récent et exceptionnel d'un marabout qui, sur son flyer, à l'emplacement sacro-saint de son nom, fait apparaître l'adresse de son site internet (elle-même dérivée de son nom, d'ailleurs).
En classant les flyers alphabétiquement, on constate d'étranges surpopulations pour certaines initiales. Voici un graphique synthétique présentant le nombre de marabouts en fonction de la première lettre du pseudonyme, portant sur l'ensemble des noms distincts de marabouts (plus de 300) relevés sur des flyers :
Pas de boîte postale ou de rendez-vous nocturne : les
marabouts ont pignon sur rue. Ils donnent leur nom, leur adresse, leur
numéro de téléphone, et par commodité, la
station de métro ou l'arrêt de bus le plus proche (il est
vrai que certains clients consultent en vue de l'obtention du permis
de conduire !).
Quant aux horaires de réception, ils peuvent aller jusqu'à
8h-22h non stop, parfois même le week-end. De vrais bourreaux de travail ! La palme de la disponibilité revient néanmoins à Maître MAMADOU, qui officie à Lyon 6ème, et "reçoit tous les jours 24h/24" ! Une sorte de SAMU maraboutique.
Le coût de la consultation n'est lui quasiment jamais indiqué.
8.
Masculin / Féminin
Le marabout prend toujours le plus grand soin, dans son flyer, de
s'adresser à une clientèle féminine autant que masculine,
d'où une profusion de "(e)"
en fin de participes passés. Exemple : "Si
ton mari (ou ta femme) t'a quitté(e), etc.". On peut s'étonner que le marabout s'embarrasse de tant de finesse grammaticale (allant parfois jusqu'à s'emmêler dans les parenthèses), alors même qu'il montre si peu de rigueur dans la construction de sa prose. C'est sans doute simplement par galanterie, mais aussi pour bien se garantir une clientèle des deux sexes.
En revanche, si vous faites votre propre flyer avec le PMG, Mesdemoiselles
et Mesdames, vous réaliserez que le résultat est toujours
typiquement masculin : "MONSIEUR UNTEL",
"IL", etc. Et vous vous dites, consternée, qu'il
n'y a aucune option dans le PMG pour féminiser le texte du flyer.
Pas la peine d'envoyer un e-mail rageur, c'est normal ! Le Maraboutisme
est un monde masculin, et je n'ai pour l'instant aucun exemple de flyer
de Marabout édité par une femme ! Aussi, si vous tenez
tout de même à avoir votre flyer, restez sur un modèle
avec un "MAITRE" ou "PROFESSEUR"
dans l'en-tête, et veillez à ce que le texte ne comporte
pas trop de "il". Je ne peux
dire mieux !
Finalement, ces fameux bouts de papier, comment doit-on les appeler ?
Des "flyers", des "cartes", des "tracts"
de marabouts ? Avant que les plus hautes instances linguistiques
francophones ne tranchent le débat, tentons de le faire avancer.
En bon français, c'est le mot "carte" qui s'impose.
Néanmoins, le mot "carte" évoquant la traditionnelle
"carte de visite" occidentale, on conviendra que les papiers
des marabouts s'en distinguent à bien des égards.
Tout d'abord, sur le plan qualitatif : le support chez les marabouts
n'est pas à proprement parler une "carte" (support plutôt
épais, rigide), mais bien du papier machine standard (à
quelques exceptions près), léger et souple.
Ensuite, la carte de visite traditionnelle fournit des informations
d'ordre purement administratif : nom et prénom, société,
coordonnées. Les papiers des marabouts vont bien au-delà,
puisqu'ils argumentent, ils accrochent, ils vendent, et se rapprochent
en cela bien plus du flyer ou du prospectus.
Enfin, une carte de visite se range proprement dans un calepin, tandis
que la pub de marabout subit généralement le même
sort que le flyer, le tract ou le prospectus (on y accorde quelques secondes
de distraite attention, et hop, direction la poubelle). Et puis on a
rarement vu qui que ce soit distribuer ses cartes de visite dans la rue
ou dans les boîtes-aux-lettres !
Pourquoi ne pas parler de "tract" de marabout, alors ?
Parce que le tract fait généralement référence
à une diffusion d'opinions, d'argumentaires socio-idéologiques
ou autres. Le marabout, lui, ne prêche que pour sa paroisse, et
en vue de se constituer une clientèle.
C'est pourquoi la pub de marabout se rapproche assez du prospectus
publicitaire qu'on trouve dans les boîtes-aux-lettres, même
si ceux-ci sont souvent beaucoup plus élaborés (dépliants,
quadri, etc.)
Par "flyer", on désigne habituellement les imprimés
faisant la promotion de soirées, concerts ou événements
particuliers. Le flyer présente de nombreuses similitudes avec
les papiers des marabouts : son format réduit (mais néanmoins
supérieur à celui d'une carte de visite), son mode de distribution,
etc. C'est par définition une feuille "volante", distribuée
au plus grand nombre, comme le tract ou le prospectus. Il est vrai
que le flyer, depuis l'avénement des soirées techno, fait
l'objet d'un réalisation graphique particulièrement poussée,
toujours renouvelée et en quête d'originalité (ce
qui n'est pas vraiment le cas chez les marabouts), mais lorsqu'on remonte
aux racines underground du flyer, on trouve là aussi des
petits bouts de papier photocopiés en noir et blanc.
Voici un tableau synthétique des similitudes entre les publicités
de marabouts et les autres médias comparables.
Critère
Carte de visite
Flyer événementiel
Tract
Prospectus publicitaire
Support
x
x
x
Format
x
Informations nominatives
x
x
Argumentaire
x
x
Sobriété graphique
x
x
Mode de diffusion
x
x
x
Destination finale
x
x
x
Lire : "Sur le plan de tel critère,
le papier de marabout est comparable à tel média".
En conclusion, il ressort que la publicité de marabout est
un média bien à part, qui ne ressemble à aucun autre
à 100%. J'ai choisi, pour désigner les pubs de marabouts,
d'employer principalement le terme de "flyer", car il est bref
et bien plus valorisant que celui de "tract" ou "prospectus".
Les flyers sont devenus très tendance, ils sont toujours
à l'avant-garde du design, des ouvrages ou des sites entiers leurs
sont consacrés, et il est de bon ton de les collectionner.