The Beatles

MagoPride

“All you need is love…” Tout le monde connaît l’hymne à l’amour universel chanté par les Beatles en 1967. Ce que très peu de monde connaît en revanche, c’est l’histoire étonnante de cette chanson. Au sommet de leur gloire, les Beatles, en quête de sens et de sérénité, se sont tournés vers la méditation hindouiste, entraînés par George Harrison et son sempiternel sitar. Mais John Lennon, éternel rebelle, refuse de suivre le mouvement : le Maharishi, très peu pour lui. Il ressent une irrésistible attraction spirituelle pour les marabouts et se prend de passion pour la littérature magopinaciophile, pour la pensée puissante et universelle des flyers. Aussi, lorsqu’on commande aux Beatles une chanson spéciale pour une émission de télévision retransmise par satellite en “Mondovision”, John Lennon n’hésite pas une seconde : il va écrire un hymne maraboutique. Les mots s’enchaînent en toute fluidité : « All you need is call, all your problems solved… » – “Un coup de fil suffit, tous vos problèmes seront résolus…”

The Beatles - All you need is call

Seulement voilà, ça coince. Brian Epstein, le fameux manager, est plus que dubitatif. Le monde est-il vraiment prêt à accueillir un mantra magopinaciophile ? Après le scandale des propos sur Jésus Christ, Lennon ne va-t-il pas encore une fois mettre en danger la carrière des Beatles en exprimant de façon aussi transparente son amour des flyers de marabouts ? Il faut se remettre dans le contexte de l’époque : révéler au monde sa magopinaciophilie, ce serait aussi risqué pour un chanteur pop que d’avouer son amour pour un transsexuel communiste drogué. Mais Lennon tient bon. Il pense tenir là le sujet central du prochain concept-album des Beatles, quelque chose comme “Professor TOUNKARA’s Lonely Hearts Club Band”. Pour l’émission de télé, les quatre Beatles se transforment en hommes-sandwiches, arborant des pancartes à la gloire des plus beaux flyers de l’époque, aux typographies psychédéliques. Un photographe privilégié saisit la scène, dans l’arrière-cour du Professeur MASSANE. Mais finalement, quelques dizaines de minutes seulement avant le début du direct en plateau, Lennon cède à la pression (il se dégonfle, pourrait-on dire). Sur un coin de table, il réécrit à la hâte le texte de sa chanson pour des paroles plus consensuelles, pendant que ses trois compagnons repeignent sur les pancartes les mots de la nouvelle chanson : “All you need is love” – les seules pancartes que le monde verra, les seules paroles que la postérité retiendra. Ne subsiste de cet épisode mouvementé qu’une photo du groupe portant les pancartes magopinaciophiles, photo utilisée comme jaquette d’un pressage pirate collector de la chanson mort-née, “All you need is call (all your problems solved)”...

Sur la photo de pochette du vinyle (ci-dessus), il est intéressant d'observer l'attitude de chacun des quatre Beatles : George Harrison (tout au fond à droite) semble clairement s'ennuyer et surtout désapprouver cette mascarade maraboutesque, lui qui avait proposé d'écrire sur les pancartes un classique "Hare, Hare Krishna", plus en phase avec sa propre philosophie. On voit bien qu'il adresse, en coin, un regard noir et réprobateur à John Lennon. John Lennon, précisément (2ème en partant de la droite), arbore son air habituel, narquois et satisfait, sûr de son fait, heureux d'avoir pu imposer son concept, content d'avoir une nouvelle fois affirmé son leadership sur le groupe en général, et sur son alter-ego Paul McCartney en particulier. Et Paul McCartney (2ème à gauche), justement ? D'un naturel plutôt positif et jovial, il semble s'accomoder de la situation et, pour tout dire, de s'en foutre un peu. Sans doute pense-t-il à cet instant à la dernière fan qui lui a offert son corps, ou peut-être à la prochaine, ou peut-être à la bonne côte de porc qu'il mangera le soir même (oui, à cette date, Macca n'est pas encore végétarien). Et enfin, Ringo Starr (premier à gauche). Eh bien lui, comme d'hab, il est heureux d'être là. Tout lui va. Hare Krishna, un flyer de marabout, une carte d'état major, une gauffre au sucre glace, quelle importance, quelle différence ?