Le Monde des Tracts Politiques

  1. Ils vous promettent le bonheur.
  2. Ils utilisent tous les mêmes vieilles formules éculées dans leurs tracts.
  3. Ils prétendent pouvoir réussir la où tous les autres ont échoué.
  4. Ils cherchent à vous convaincre de leur compétence, et à vous assurer de leur dévouement.
  5. Il y a sûrement quelques escrocs parmi eux.

Mais de qui s'agit-il donc ? Des Marabouts ?
Bien sûr ! Mais aussi de nos hommes politiques !

Comparons les méthodes de communication des hommes et femmes politiques et celles des marabouts – ce qui les rapproche, ce qui les distingue – et voyons si les uns ne pourraient pas s'inspirer des autres, et vice versa...

Retour en haut de la pageL'argumentaire

Le principe de base est simple, identique en politique et en maraboutique : il faut convaincre. Convaincre qu'on est bon, et qu'on est le meilleur.

Mais tandis que le marabout cohabite paisiblement avec ses confrères, dans une saine émulation concurrentielle, le politique, lui, se présente comme le seul capable au milieu d'une bande de bons-à-rien qui ont tout raté. Ainsi, ce que le marabout exprime par "N'hésitez pas, venez me voir même si vous avez été déçu par un autre voyant", devient, chez le politique, bien plus exclusif : "Je suis le seul candidat qui [etc.]".

C'est compréhensible : pour un homme politique, susciter l'adhésion à un moment-clé (l'élection) est vital. S'il rate le train, il devra ensuite attendre 5 ans, durant lesquels il restera, frustré, sur le bord de la route, pendant que ses confrères plus chanceux tiendront les manettes du pays à sa place (et engrangeront les deniers publics grâce à leur fonction élective chèrement gagnée).

Pour le marabout, l'enjeu est plus diffus : s'il ne réussit pas à un convaincre un client, il en convaincra un autre. Et puis celui qu'il n'a pas su convaincre aujourd'hui lui reviendra peut-être dans un mois, après avoir été déçu par un autre marabout. Un client de marabout, ça va, ça vient. Même un marabout, ça va, ça vient, ça change de nom, d'adresse ou de numéro de téléphone au gré des flyers...

Voilà donc pourquoi, l'un dans l'autre, l'homme politique sera plus acharné à l'encontre de ses confrères que ne le sera jamais un marabout.

Le candidat politique, s'il n'a pas récemment exercé de réel pouvoir politique au plus haut niveau, aime à se présenter comme le seul qui incarne "le changement, le vrai changement". Enfin, quand ils sont 15 à prétendre être le seul, ça pose question...

Cette obsession d'être toujours "le seul" contraste étrangement avec l'un des leitmotivs majeurs des politiques : "Ensemble, rassembler" et tout le vocabulaire corrélé. Rassembler, évidemment. Ne soyons pas dupes : ce n'est rien de plus qu'une façon élégante et démagogique d'appeler la multitude à "vote[r] pour moi !".

Comme pour les flyers des marabouts, le tract de campagne contient immanquablement une liste des bénéfices promis. Comme pour les marabouts, si on y croit, ça doit marcher !

Plus c'est gros, plus ça passe ? Un marabout nous promet la réussite, l'amour, et on y croit ! Même si lui-même ne communique qu'au moyen d'un flyer bien cheap, on croit qu'il a des pouvoirs assez puissants pour réaliser ce qu'il promet.

Un homme ou une femme politique a généralement plus de moyens pour imprimer sa profession de foi : il s'en dégage forcément une impression de sérieux, comparativement à un flyer de marabout.

Retour en haut de la pageLe raisonnement d'adhésion

Dans "profession de foi" (comme on appelle le document dans lequel le candidat détaille son programme), il y a "foi" – et la foi, c'est bien ce dont l'électeur a besoin pour croire qu'un candidat politique saura réellement tenir ses promesses.

Alors, dans le cas du politique comme dans celui du marabout, qu'est-ce qui nous pousse à y croire ?

Pour l'un comme pour l'autre, la conviction repose sur le même mécanisme d'adhésion : celui de la pensée désirative (le wishful thinking pour les anglophones). De quoi s'agit-il ? Le cerveau humain n'a pas forcément évolué pour répondre de façon précise et pertinente à des questions d'une grande complexité (économie, budget, éducation, retraites, géopolitique...). Aussi le cerveau trouve-t-il des raccourcis pour faire des estimations de ce qu'il estime crédible ou non. L'un de ces raccourcis consiste à considérer comme plausible toute chose désirable (et comme faux, inexistant tout ce qui ne semble pas souhaitable). Pour dire les choses simplement : vous croyez à ce que vous avez envie de croire.

Or, c'est le point commun entre les hommes politiques en quête d'électeurs et les marabouts en quête de clients : ils nous vendent du rêve. Vous avez tellement envie de croire que ce qu'ils promettent (retraite à 45 ans, revenu minimum à 4000€ pour tous sans effort... ou prospérité éternelle, amour inaliénable, performances sexuelles infinies...) est possible, réel, que vous finissez par y croire.

Et puis vient le fameux : "Après tout, on n'a pas essayé !

Votre cerveau part d'un constat :

ou alors :

Partant de ces constats, il peut sembler logique de tenter quelque chose de nouveau : « de toute évidence, les agents impliqués dans la situation actuelle ne concourent pas à l'amélioration de ma situation / de celle du pays. Par conséquent, je ne risque rien à essayer ce que je n'ai encore jamais essayé : un marabout, ou un parti politique (ou homme / femme politique) qui n'a jamais été au pouvoir. Car en effet, qu'est-ce qui nous dit que ce parti politique ne détiendrait pas des solutions que les autres partis ignorent ? Comment en être sûr si on n'a jamais essayé ? Oui, j'ai déjà essayé d'autres marabouts qui m'ont pris mon argent pour un résultat nul, mais qui sait si d'autres marabouts n'ont pas vraiment du pouvoir ?

Détaillons le raisonnement :

Ce raisonnement a une apparence de rationalité parfaite. En réalité, il ne tient pas compte de plusieurs paramètres :

Retour en haut de la pagePermanence patronymique

Il existe une différence notable mais subtile entre les publicités politiques et maraboutiques.

En politique, c'est indéniable : pour atteindre les sommets, votre nom et votre visage doivent être connus et reconnus. Il faut aller sur les plateaux télé, imprimer son visage plein cadre sur des tracts en quadri, voire sur des affiches en 4x3 dans les rues des villes. Et bien sûr, pour que les électeurs finissent par connaître votre nom, il ne faut pas en changer toutes les semaines.

Alors me direz-vous, ça coule de source, qui changerait de nom toutes les semaines ?

Eh bien, les marabouts, figurez-vous. C'est bien documenté : certains prospectus comportent le même numéro de téléphone, mais des noms de marabouts différents. Que peut-on en conclure, sinon que le marabout a utilisé des noms différents pour différentes versions de ses publicités ? Mais alors, pour quelle raison ? Découvrez-le dans la rubrique des figures de style.

En résumé : la meilleure hypothèse est que le marabout changerait de nom (et parfois aussi de numéro de téléphone) simplement pour échapper à ses clients mécontents, ceux à qui il a promis monts et merveilles, à qui il a ponctionné de belles sommes d'argents, et qui maintenant le harcèlent et le menacent. Changer d'identité et de coordonnées serait le meilleur moyen d'échapper à ces clients insatisfaits.

Et finalement, les hommes politiques n'auraient-il pas intérêt à s'inspirer de cette petite astuce maraboutique ? Car eux aussi, ils promettent beaucoup et n'ont que de maigres résultats. Et pourtant, ils n'hésitent pas à se re-présenter à de nouvelles élections en promettant à nouveau des solutions. Ne seraient-ils pas plus crédibles s'ils changaient carrément d'identité ? Nouveau nom, nouveau look, nouvelle coupe de cheveu, un peu de chirurgie esthétique pour faire bon poids, et hop, ils pourraient prétendre détenir des solutions miracle de façon plus crédible que lorsqu'ils portent le fardeau de leurs mandats précédents, couronnés d'échecs.

Retour en haut de la pageMasculin / Féminin

De même que le marabout met un point d'honneur à féminiser ses propos en ajoutant quantité de "(e)" – "tu sera aimé(e)", "même si vous avez été déçu(e)", "retour rapide l'être aimé(e)" (figure de style dite de la Galanterie Outrancière) – , le politique prend bien soin de faire comprendre qu'il s'adresse aussi aux femmes. Ça ne fait pas si longtemps qu'elles ont le droit de vote, mais elles s'en servent, et ce serait donc dommage de se priver de 50% des suffrages potentiels ! Du coup, le politique n'est pas avare en tournures un peu lourdes, voire ridicules :

"Je m'adresse à chacune et à chacun, à vous toutes et à vous tous, toutes les Françaises et tous les Français", etc. – en prenant bien soin de faire figurer ces dames en premier, galanterie oblige. On comprend bien que le marabout, sur un prospectus au format A7, n'a pas la place d'écrire tous les noms en double, au féminin et au masculin, et qu'il préfère recourir au "(e)", plus concis.

D'ailleurs, les hommes et femmes politiques qui craignent d'alourdir leurs slogans et de donner une allure "petit-bourgeois" à leur prose, peuvent eux-même préférer une version sans doublons, comme par ex. dans ce prospectus NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste, Européennes 2009) : "salarié-e-s, privé-e-s d'emploi, jeunes, immigré-e-s, retraité-e-s".

On nous a pourtant bien appris à l'école que, dans le cas d'un collectif mixte, le masculin l'emporte (grammaticalement parlant, bien sûr). C'est d'ailleurs assez pratique.

Mais entretemps, la société a évolué vers plus d'inclusivité, d'équité de genre, #metoo est passé par là, les femmes veulent déconstruire les hommes, et l'écriture inclusive a fait son apparition. Donc le coup du masculin qui l'emporte est désormais regardé comme le vilain vestige d'un français rance, misogyne et patriarcal.

Chacun aura sa propre opinion sur ce sujet. Toujours est-il que, du côté des politiques comme de celui des marabouts, on prend soin de longue date d'inclure les deux sexes dans les promesses et les appels du pied. Les politiques sont passés à l'écriture inclusive officielle, avec l'usage du "point médian" « · », alors que les marabouts sont restés sur les bonnes vieilles parenthèses, qui certes fonctionnaient pas trop mal. On peut bien sûr reprocher tout de même à ces parenthèses de reléguer toujours le féminin dans une sorte de mise en forme de seconde zone, une espèce de placard syntaxique, qui pourrait aussi bien être supprimé sans changer le sens de la phrase, et qui échoue à mettre sur un plan d'égalité le masculin et le féminin.

On souligne souvent l'absence d'équité de genre qui règne dans le monde politique (on compte attentivement le nombre de femmes dans la composition de chaque nouveau gouvernement...), mais le monde maraboutique reste quant à lui indécrottablement masculin.

Retour en haut de la pageComment distinguer un tract de campagne d'un flyer de Marabout ?

Alors, me direz-vous, s'il y a tant de similitudes entre les flyers de marabouts et les tracts de campagne, comment les distinguer ?
C'est facile : le marabout, c'est celui qui donne son numéro de téléphone à tout le monde.

Un autre indice : le tract du candidat comporte toujours, en tout petit dans un coin, la mention "Vu le candidat"– une formule apparemment incontournable, voire une obligation légale.

Retour en haut de la pageLes noms-sigles

En politique, on aimait parfois transformer le nom du candidat (ou de la tête de liste) en sigle. Quelques exemples (qui sentent un peu la naphtaline) :

Si certains font un effort pour articuler un semblant de phrases, d'autres se limitent à une fastidieuse énumération d'auto-satisfaction que ne renirait pas un marabout.

Des promesses invraisemblables surgissent parfois de ces acrostiches un peu forcés, comme celle du "Maximum de Bonheur", dont l'extravagance vantarde ne déparerait pas un flyer de marabout.

La liberté de construction est totale : on peut décliner le nom seul, le nom et le prénom, ou l'initiale du prénom et le nom complet ; on peut au besoin prendre en compte l'initiale d'un article (ex.: "Les"), en négligeant celle des autres ; on peut utiliser des mots quasiment incompréhensibles pour l'électeur lambda, comme "Objectivisme" ou "Opiniâtreté".

On ne serait finalement pas surpris si les marabouts venaient un jour à en prendre de la graine. Ne serait-ce pas charmant ? M. MAMADOU s'épellerait : "Marabout Africain - Médium Authentique - Dons Occultes Uniques !"

Retour en haut de la pageGagner une élection grâce à l'aide d'un marabout ?

Pour ceux qui doutent encore des liens qui unissent le monde de la politique à celui des marabouts, reportez-vous à notre rubrique Enquête Surnaturelle. Vous y trouverez des révélations étonnantes...

Retour en haut de la pageConclusion

Comme nous venons de le voir, les similitudes sont grandes entre marabouts et homme politiques. Se pourrait-il alors que certains hommes politiques soient en réalité des marabouts en secret ?

Pour la plupart, seul un faisceau d'indices existe. Cependant, un cas d'envergure mérite qu'on y regarde de plus près : celui de Donald Trump. Voyez une analyse détaillée de cette question sur la page qui lui est consacrée.